Description du projet
Dans la mesure où l’une des missions de l’Ined
est d’effectuer toutes les ‘recherches utiles à
la science démographique’, ce projet va
chercher à définir avec plus de précision ce
terme ‘utile’, pour voir en quoi ces diverses
recherches permettent des progrès en
démographie, en quoi cette dernière se
distingue des autres sciences humaines mais
aussi comment elle utilise certains
concepts issus de celles-ci. Il y a lieu en
particulier d’étudier les dangers de la
considérer comme une science complètement à
part, ainsi que le pensent encore certains
démographes. Mais également il y a le risque
d’utilisation, sans toutes les précautions
nécessaires, de concepts de base issus d’autres
sciences humaines qui peuvent conduire à des
résultats incorrectement spécifiés en
démographie. Les disciplines mobilisées dans
ce projet sont nombreuses, car il s’agit d’une
étude synthétique des diverses sciences
humaines, utilisant cependant une approche
essentiellement quantitative. Les techniques
envisagées devraient également parcourir tout
le spectre des méthodes utilisées dans ces
sciences, tant mises en place dans le passé que
plus récemment.Les méthodes utilisées sont d’abord celles de
la philosophie des sciences, de la méthodologie
et de l’épistémologie pour mettre en évidence
les hypothèses sous-jacentes qui devraient
assurer la validité de ces diverses approches
du phénomène humain. Elles font également
intervenir l’histoire car ces approches se sont
développées au cours du temps, ont été
critiquées et remplacées par d’autres. Ainsi,
les sciences de la population ont depuis leur
création par Graunt au XVIIe siècle, mis en
place un certain nombre d’approches, que
l’on peut cerner par des paradigmes : le
paradigme transversal, pour lequel les faits
sociaux sont supposés avoir une existence
indépendante des individus et s’expliquer par
les caractéristiques sociales, économiques,
politiques, etc. de la société dans laquelle
ils vivent ; le paradigme longitudinal pour
lequel il n’est possible d’étudier que
l’arrivée d’un événement et d’un seul, au cours
de la vie d’une génération qui conserve tous
ses caractères et les mêmes caractères tant que
le phénomène se manifeste ; le paradigme
biographique, pour lequel un individu
parcourt tout au long de sa vie une trajectoire
complexe, qui dépend à un instant donné de sa
trajectoire antérieure et des informations
qu’il a pu acquérir dans son passé ; enfin le
paradigme multiniveau, pour lequel le
comportement individuel va dépendre non
seulement de son histoire passée, mais
également de contraintes extérieures exercées
sur l’individu, que celui-ci en soit conscient
ou non. Il faudra également voir quelles
nouvelles approches sont en gestation et
les approches suivies dans d’autres sciences
sociales, comme la génétique de population, la
sociologie, la biodémographie, etc. Le champ du projet se centrera en premier lieu
sur un certain nombre de questions précises,
qui nous semblent prioritaires pour la
recherche à venir, mais il est évident que ce
champ devra s’élargir à l’avenir pour aborder
d’autres problèmes épistémologiques soulevés en
sciences humaines et faire intervenir de
nouveaux participants à ce projet. La première
question a trait à la causalité et à la
recherche de l’explication en démographie et en
sciences humaines. Cette réflexion est réalisée
avec le concours d’un philosophe, Robert
Franck, qui a une grande expérience de ces
problèmes. La seconde question va porter sur
les paradigmes ou les programmes de
recherche, qui soutiennent ou ont soutenu les
diverses approches en démographie et sur leurs
liens avec ceux qui prévalent dans les autres
sciences humaines, soit au même moment soit à
des moments différents. La troisième question
va porter sur la validité des thèses soutenues
par la génétique du comportement, pour une
application à la démographie ou à d’autres
sciences humaines. La quatrième question porte
sur l’apport et la validité de l’analyse
contextuelle, hiérarchique ou multiniveau, qui
se développe rapidement dans de nombreuses
sciences humaines. La cinquième question porte
sur l’importance croissante, prise en sciences
humaines comme en sciences physiques,
par l’approche bayésienne opposée à l’approche
fréquentiste, habituellement suivie. La sixième
question porte sur la validité des méthodes
d’estimation de la structure par âge des
populations en paléodémographie. La septième
question porte sur la validité en démographie
de l'approche 'agent-based models' qui prend
actuellement de l'ampleur en démographie. La
huitième question porte sur la mobilité des
populations et leur répartiton spatiale sur le
territoire
Ce projet, ouvert à toutes les
questions
méthodologiques et épistémologiques, que
rencontrent les sciences humaines aborde
également le problème de la cumulativité en
sciences sociales, la question de la complexité
de l’innovation et du changement social, des
problèmes de méthodologie rencontrés en
paléodémographie, biodémographie, etc.Les réponses à ces diverses questions font
l’objet d’articles sur des thèmes précis
publiés dans diverses revues, ainsi que dans
plusieurs ouvrages. Voici l’état d’avancement
des divers thèmes qui ont été abordés pour le
moment :
1. Un certain nombre de
recherches ont été menées pour dégager les
nouvelles voies et les principales innovations
méthodologiques qui s’ouvrent en démographie
pour la recherche à venir : des articles sur
l’étude de la fécondité, sur la pensée
démographique dans son développement historique
et la publication de trois volumes par
sur l’analyse biographique multiniveau.
2. La réflexion sur la génétique du
comportement est également bien avancée avec la
publication de cinq articles de Vetta et de
Courgeau, qui dissèquent les hypothèses de
Fisher et en montrent les failles.
3. La
réflexion sur l’approche bayésienne en
sciences sociales, que l’on peut distinguer en
subjective et logique, est également bien
avancée avec la publication d’un volume sur :
Probability and social science chez Springer,
qui la compare à l’autre approche objective, et
examine de façon détaillée les rapports
qu’elles entretiennent avec les sciences
sociales.
4. La réflexion sur la
cumulativité en sciences sociales est également
bien avancée avec la publication d’un ouvrage
collectif dirigé par Bernard Walliser : La
cumulativité du savoir en sciences sociales aux
éditions de l’EHESS, auquel Courgeau et Franck
ont participé.
5. Les travaux de Buchet,
Caussinus, Courgeau et Séguy en
paléodémographie ont permis de résoudre
nombre de problèmes posés par les approches
utilisées antérieurement. De nombreux articles
dans diverses revues et un manuel de l’Ined par
Séguy et Buchet, auquel participent Caussinus
et Courgeau, ont étés publiés.
6. Les
problèmes liés à la notion de causalité
nous ont conduits à examiner différentes formes
de causalité et à dégager les plus pertinentes
pour la démographie et plus généralement pour
les sciences sociales. Un article a été
publié dans The Reasoner, mais la réflexion en
est à ses débuts.
7. Les liens entre
pensée scientifique et pensée vulgaire sont
importants à distinguer et nous avons publié
sur ce thème, avec d’autres chercheurs en
sciences sociales et des philosophes, un
ouvrage sur la distinction des savoirs.
8. Les problèmes de mesure en sciences des
populations ont rarement été examinés de façon
approfondie. Ils posent cependant un certain
nombre de problèmes, tant pour la mesure des
événements que pour celle des indices utilisé.
Un article sur ce thème a été publié par Les
Cahiers Philosophiques. La réflexion sur ce
thème doit également être poursuivie.
9. Des articles sur les modèles basés sur le
comportement des agents ont été publiés dans
l'ouvrage de Grow et van Bavel sur: Agent-based
modelling in population studies.
10. Les
problèmes liés aux migrations et à la
répartition spatiale de la population ont été
traités dans un article de Population et plus
récemment de Mathematical Population Studies,
qui donnent des résultats importants sur ce
thème obtenus avec Joel Cohen.
11 La
biodémographie, essayant une synthèse entre la
biologie et la démographie, semble pour le
moment prématurée car elle est pour le moment
basée sur des idées de Galton. Un prmier
article a été rédigé sur ce thème.
12 Un
ouvrage publié par Springer sur la
compréhension de la vie humaine (Understanding human life) étend l'analyse à un beaucoup plus grand nombre d'événements de cette vie et à diverses formes de compréhension: mécanismes, systèmes, herméneutique, autonomie.
13 Nous préparons maintenant un nouvel ouvrage en vue de résoudre les problèmes d'échelle temporelle et spatiale dans l'étude des migrations. Sa rédaction en collaboration avec des chercheurs des universités de Southampton et Macquarie est liée à la possibilité de traduire mes chapitres en anglais.De nouvelles approches ont été développées au
cours de vingt dernières années en démographie,
telles que l’analyse biographique, l’analyse
multiniveau, l'analyse séquentielle, l'analyse des comportements d'agents (agent-based models) ou la génétique du comportement, certaines se révélant fort
prometteuses, d’autres étant sujettes à plus de
discussions. Devant la complexité des méthodes
que ces approches mettent en œuvre, il nous
parait nécessaire de mener une réflexion plus
approfondie sur les questions méthodologiques
et épistémologiques qu’elles posent. Ainsi, il
est intéressant de voir les progrès qu’elles
peuvent apporter à la connaissance des
comportements humains: permettent-elles de
passer d’états de moindre connaissance à des
états de connaissance plus poussée ou, au
contraire, sont-elles basées sur des hypothèses
erronées, qui conduisent à des résultats non
valides? Egalement, il est important
de replacer ces méthodes dans l’histoire de la
pensée démographique, qui s’est développée
depuis le XVIIe siècle, et plus généralement
dans l’histoire des sciences humaines, pour
voir plus précisément comment elles se situent
dans l’ensemble de ces courants.Dans la mesure où l’une des missions de l’Ined
est d’effectuer toutes les ‘recherches utiles à
la science démographique’, ce projet va
chercher à définir avec plus de précision ce
terme ‘utile’, pour voir en quoi ces diverses
recherches permettent des progrès en
démographie, en quoi cette dernière se
distingue des autres sciences humaines mais
aussi comment elle utilise certains
concepts issus de celles-ci. Il y a lieu en
particulier d’étudier les dangers de la
considérer comme une science complètement à
part, ainsi que le pensent encore certains
démographes. Mais également il y a le risque
d’utilisation, sans toutes les précautions
nécessaires, de concepts de base issus d’autres
sciences humaines qui peuvent conduire à des
résultats incorrectement spécifiés en
démographie. Les disciplines mobilisées dans
ce projet sont nombreuses, car il s’agit d’une
étude synthétique des diverses sciences
humaines, utilisant cependant une approche
essentiellement quantitative. Les techniques
envisagées devraient également parcourir tout
le spectre des méthodes utilisées dans ces
sciences, tant mises en place dans le passé que
plus récemment.Les méthodes utilisées sont d’abord celles de
la philosophie des sciences, de la méthodologie
et de l’épistémologie pour mettre en évidence
les hypothèses sous-jacentes qui devraient
assurer la validité de ces diverses approches
du phénomène humain. Elles font également
intervenir l’histoire car ces approches se sont
développées au cours du temps, ont été
critiquées et remplacées par d’autres. Ainsi,
les sciences de la population ont depuis leur
création par Graunt au XVIIe siècle, mis en
place un certain nombre d’approches, que
l’on peut cerner par des paradigmes : le
paradigme transversal, pour lequel les faits
sociaux sont supposés avoir une existence
indépendante des individus et s’expliquer par
les caractéristiques sociales, économiques,
politiques, etc. de la société dans laquelle
ils vivent ; le paradigme longitudinal pour
lequel il n’est possible d’étudier que
l’arrivée d’un événement et d’un seul, au cours
de la vie d’une génération qui conserve tous
ses caractères et les mêmes caractères tant que
le phénomène se manifeste ; le paradigme
biographique, pour lequel un individu
parcourt tout au long de sa vie une trajectoire
complexe, qui dépend à un instant donné de sa
trajectoire antérieure et des informations
qu’il a pu acquérir dans son passé ; enfin le
paradigme multiniveau, pour lequel le
comportement individuel va dépendre non
seulement de son histoire passée, mais
également de contraintes extérieures exercées
sur l’individu, que celui-ci en soit conscient
ou non. Il faudra également voir quelles
nouvelles approches sont en gestation et
les approches suivies dans d’autres sciences
sociales, comme la génétique de population, la
sociologie, la biodémographie, etc. Le champ du projet se centrera en premier lieu
sur un certain nombre de questions précises,
qui nous semblent prioritaires pour la
recherche à venir, mais il est évident que ce
champ devra s’élargir à l’avenir pour aborder
d’autres problèmes épistémologiques soulevés en
sciences humaines et faire intervenir de
nouveaux participants à ce projet. La première
question a trait à la causalité et à la
recherche de l’explication en démographie et en
sciences humaines. Cette réflexion est réalisée
avec le concours d’un philosophe, Robert
Franck, qui a une grande expérience de ces
problèmes. La seconde question va porter sur
les paradigmes ou les programmes de
recherche, qui soutiennent ou ont soutenu les
diverses approches en démographie et sur leurs
liens avec ceux qui prévalent dans les autres
sciences humaines, soit au même moment soit à
des moments différents. La troisième question
va porter sur la validité des thèses soutenues
par la génétique du comportement, pour une
application à la démographie ou à d’autres
sciences humaines. La quatrième question porte
sur l’apport et la validité de l’analyse
contextuelle, hiérarchique ou multiniveau, qui
se développe rapidement dans de nombreuses
sciences humaines. La cinquième question porte
sur l’importance croissante, prise en sciences
humaines comme en sciences physiques,
par l’approche bayésienne opposée à l’approche
fréquentiste, habituellement suivie. La sixième
question porte sur la validité des méthodes
d’estimation de la structure par âge des
populations en paléodémographie. La septième
question porte sur la validité en démographie
de l'approche 'agent-based models' qui prend
actuellement de l'ampleur en démographie. La
huitième question porte sur la mobilité des
populations et leur répartiton spatiale sur le
territoire
Ce projet, ouvert à toutes les
questions
méthodologiques et épistémologiques, que
rencontrent les sciences humaines aborde
également le problème de la cumulativité en
sciences sociales, la question de la complexité
de l’innovation et du changement social, des
problèmes de méthodologie rencontrés en
paléodémographie, biodémographie, etc.Les réponses à ces diverses questions font
l’objet d’articles sur des thèmes précis
publiés dans diverses revues, ainsi que dans
plusieurs ouvrages. Voici l’état d’avancement
des divers thèmes qui ont été abordés pour le
moment :
1. Un certain nombre de
recherches ont été menées pour dégager les
nouvelles voies et les principales innovations
méthodologiques qui s’ouvrent en démographie
pour la recherche à venir : des articles sur
l’étude de la fécondité, sur la pensée
démographique dans son développement historique
et la publication de trois volumes par
sur l’analyse biographique multiniveau.
2. La réflexion sur la génétique du
comportement est également bien avancée avec la
publication de cinq articles de Vetta et de
Courgeau, qui dissèquent les hypothèses de
Fisher et en montrent les failles.
3. La
réflexion sur l’approche bayésienne en
sciences sociales, que l’on peut distinguer en
subjective et logique, est également bien
avancée avec la publication d’un volume sur :
Probability and social science chez Springer,
qui la compare à l’autre approche objective, et
examine de façon détaillée les rapports
qu’elles entretiennent avec les sciences
sociales.
4. La réflexion sur la
cumulativité en sciences sociales est également
bien avancée avec la publication d’un ouvrage
collectif dirigé par Bernard Walliser : La
cumulativité du savoir en sciences sociales aux
éditions de l’EHESS, auquel Courgeau et Franck
ont participé.
5. Les travaux de Buchet,
Caussinus, Courgeau et Séguy en
paléodémographie ont permis de résoudre
nombre de problèmes posés par les approches
utilisées antérieurement. De nombreux articles
dans diverses revues et un manuel de l’Ined par
Séguy et Buchet, auquel participent Caussinus
et Courgeau, ont étés publiés.
6. Les
problèmes liés à la notion de causalité
nous ont conduits à examiner différentes formes
de causalité et à dégager les plus pertinentes
pour la démographie et plus généralement pour
les sciences sociales. Un article a été
publié dans The Reasoner, mais la réflexion en
est à ses débuts.
7. Les liens entre
pensée scientifique et pensée vulgaire sont
importants à distinguer et nous avons publié
sur ce thème, avec d’autres chercheurs en
sciences sociales et des philosophes, un
ouvrage sur la distinction des savoirs.
8. Les problèmes de mesure en sciences des
populations ont rarement été examinés de façon
approfondie. Ils posent cependant un certain
nombre de problèmes, tant pour la mesure des
événements que pour celle des indices utilisé.
Un article sur ce thème a été publié par Les
Cahiers Philosophiques. La réflexion sur ce
thème doit également être poursuivie.
9. Des articles sur les modèles basés sur le
comportement des agents ont été publiés dans
l'ouvrage de Grow et van Bavel sur: Agent-based
modelling in population studies.
10. Les
problèmes liés aux migrations et à la
répartition spatiale de la population ont été
traités dans un article de Population et plus
récemment de Mathematical Population Studies,
qui donnent des résultats importants sur ce
thème obtenus avec Joel Cohen.
11 La
biodémographie, essayant une synthèse entre la
biologie et la démographie, semble pour le
moment prématurée car elle est pour le moment
basée sur des idées de Galton. Un prmier
article a été rédigé sur ce thème.
12 Un
ouvrage publié par Springer sur la
compréhension de la vie humaine (Understanding human life) étend l'analyse à un beaucoup plus grand nombre d'événements de cette vie et à diverses formes de compréhension: mécanismes, systèmes, herméneutique, autonomie.
13 Nous préparons maintenant un nouvel ouvrage en vue de résoudre les problèmes d'échelle temporelle et spatiale dans l'étude des migrations. Sa rédaction en collaboration avec des chercheurs des universités de Southampton et Macquarie est liée à la possibilité de traduire mes chapitres en anglais.