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Libertés académiques et attaques de la recherche : où en sommes-nous ?

Le contexte politique international questionne aujourd’hui les libertés académiques. Le comité d’éthique de l’Ined et la référente intégrité scientifique ont donc organisé en mai dernier une séance d’information et d’échanges sur ce sujet. Décryptage

Myriam Khlat (directrice de recherche, représentant le Comité d’éthique de l’Ined) et Olivia Samuel (référente intégrité à l’Ined).

Qu’entend-on par le terme de libertés académiques ?

Si la liberté d’expression est un droit humain établi de longue date, la liberté académique est un principe plus récent réservé aux universitaires et aux chercheurs, leur accordant le droit de rechercher et d’enseigner librement pour faire progresser la science. Il s’agit donc d’un droit accordé à certains pour que soient assurées les conditions d’exercice de leur métier, et ceci pour le bénéfice de tous, c’est-à-dire pour l’intérêt général. Y porter atteinte, c’est porter atteinte à l’ensemble de la société.

Ce droit à la liberté académique ne se conçoit pas sans les obligations afférentes, à savoir le respect des principes déontologiques et d’intégrité scientifique des métiers de la recherche et de l’enseignement supérieur [1] [2]. La responsabilité des chercheurs et leur communication publique prennent un relief tout particulier lorsque certaines recherches sont dénoncées comme partisanes et dénuées de validité scientifique. Ces arguments peuvent ensuite être pris comme appui pour limiter la liberté académique.

Ce sujet concerne l’Ined, dont nombre de travaux portent sur des sujets sensibles et des enjeux de société d’une grande actualité (migrations, inégalités de genre, santé sexuelle et reproductive), et donc les chercheurs sont très sollicités par les médias grand public.

Sur quels sujets ont porté les interventions ?

Nous avons invité Danièle Joly, professeure émérite dans le Département de sociologie à l’université de Warwick au Royaume-Uni, bien placée pour parler des libertés académiques, en tant que présidente du Comité scientifique du Global Observatory on Academic Freedom.

Danièle Joly a montré comment l’offensive contre les libertés académiques est menée par différents acteurs dont les discours se renforcent. Elle a abordé le pourquoi et le comment de ce phénomène, en mettant notamment en perspective la situation de la France et celle du Royaume-Uni, dans un cadre explicatif mêlant politique, économie et histoire.

Eric Guilyardi, directeur de recherches au CNRS à l’institut Pierre-Simon Laplace, un institut dédié aux sciences du climat, a ensuite pris la parole.  Il a présenté les grandes lignes d’un avis récent du Comité d’éthique du CNRS [3], dont il a été co-rapporteur, intitulé « Entre liberté et responsabilité : l’engagement public des chercheurs et des chercheuses ». Il a apporté des éclairages sur une série de questions abordées dans cet avis : les chercheurs peuvent-ils légitimement s’engager sur des sujets de société ? Doivent-ils être neutres ? Comment concilier engagement et impartialité, engagement et crédibilité, dans un contexte où les enjeux sont multiples, le débat public polarisé et avec la nouvelle donne de l’exposition publique sur les réseaux sociaux ? En parler est d’autant plus intéressant que les réponses à ces questions ne font pas consensus aujourd’hui dans la communauté scientifique. A suivre donc…

Pour terminer, Pascal Aimé, inspecteur général de l’éducation du sport et de la recherche honoraire et référent déontologue de l’Ined, est revenu sur les principes fondamentaux de la liberté académique à travers, entre autres, un avis du collège de déontologie du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche relatif à l’expression publique des chercheurs [4]. Il a également abordé la question des limites à la liberté d’expression des universitaires et des chercheurs.

Ces deux avis ([3], [4]) sont importants et nous invitons les membres de la communauté académique à en prendre connaissance. 

Pourquoi avez-vous pris l’initiative de cette séance d’information ?

En réalité, ce n’est pas la première fois que le Comité d’éthique propose un échange sur ce sujet. En juin 2022, un atelier sur la liberté de la recherche et des chercheurs avait été organisé au sein de l’Ined par le Comité d’éthique et le référent à l’intégrité scientifique d’alors, Henri Leridon. Il y avait notamment été question des relations entre les chercheurs et les instances de régulation et de pilotage. L’inquiétude commençait à monter : celle liée à une recherche de plus en plus cadrée par le financement sur projets, contrainte par l’impératif de productivité à court terme, avec le risque d’une perte de liberté et de créativité.  

Le contexte à l’époque était différent, mais depuis les choses ont évolué dans un sens qui conforte cette inquiétude. Il y a les attaques récentes contre la liberté académique aux Etats-Unis, en particulier à l’encontre des sciences sociales et des sciences environnementales, mais l’Europe est aussi concernée par un mouvement de fond croissant de décrédibilisation des sciences. Face à cela, la communauté scientifique s’est mobilisée au sein de l’organisation Stand up for Science.