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Inspecteur de l’environnement : ce métier vert que vous ne connaissez pas

Peu connus du grand public, les inspecteurs de l’environnement de l’Office français de la biodiversité ont pour rôle d’assurer le respect des lois environnementales et de protéger la faune et la flore sur tout le territoire. Enquête sur leur métier et sur la façon dont leurs pratiques influencent, parfois, les inégalités environnementales.

Hugo Wajnsztok, post-doctorant à l’Ined au sein de l'unité de recherche "Logement, inégalités spatiales et trajectoires", nous en dit plus sur ses recherches.

En quoi consiste votre projet de recherche postdoctoral ?

Mon projet de recherche porte sur un métier peu connu : celui d’inspecteur ou inspectrice de l’environnement au sein de l’Office français de la biodiversité (OFB). Ces agents publics ont un rôle essentiel dans la préservation de la nature, en veillant au respect des lois environnementales, notamment en matière de pollution de l’eau, de protection des zones humides, ou encore de sauvegarde de la faune et de la flore.

Je m’intéresse en particulier à leur parcours professionnel : qui sont ces inspecteurs et inspectrices ? Pourquoi ont-ils choisi ce métier ? Comment l’exercent-ils au quotidien ? Et quel est le rôle du genre dans tout cela, dans un métier où un tiers des agents sont des femmes (ce qui est plus élevé que dans la plupart des métiers de contrôle ou de police) ?

Le projet explore aussi les inégalités environnementales, c’est-à-dire le fait que certaines populations, souvent plus pauvres ou issues de minorités, sont plus exposées aux pollutions et aux risques environnementaux, et ont moins accès à un environnement de qualité (air pur, espaces verts, eau potable, etc.). Ces inégalités peuvent être renforcées par les pratiques des agents chargés de faire appliquer le droit de l’environnement, selon les territoires qu’ils surveillent ou les personnes ou entreprises qu’ils contrôlent plus ou moins souvent.

Je cherche à mieux comprendre comment ces inégalités se fabriquent concrètement, à travers l’action quotidienne de ces agents. J’utilise pour cela des entretiens et l’analyse d’archives administratives (rapports d’inspection et actes d’interpellations).

Comment étudiez-vous les pratiques professionnelles des agents de l’Office français de la biodiversité ?

Je mobilise une approche dite « mixte », qui combine différentes méthodes.

D’une part, je réalise des entretiens approfondis avec des inspecteurs et inspectrices en Seine-Saint-Denis, un territoire populaire de la région parisienne. Ces entretiens me permettent de mieux comprendre leurs parcours personnels et professionnels, leurs motivations, leur façon de voir leur métier, les difficultés qu’ils rencontrent, et les relations qu’ils entretiennent avec les populations qu’ils contrôlent. J’accorde une attention particulière à la manière dont le genre peut influencer leur rapport au travail et à l’environnement.

D’autre part, j’analyse un ensemble de documents produits par l’OFB (rapports d’interpellation) afin d’étudier plus objectivement les pratiques de contrôle : quels types d’infractions sont sanctionnés ? Quels profils de personnes ou d’entreprises sont le plus souvent ciblés ? Cela me permettra de voir si certaines populations sont davantage contrôlées que d’autres, ce qui pourrait alimenter un sentiment d’injustice ou de discrimination environnementale.

Enfin, je mets en dialogue ces deux sources de données qualitatives et quantitatives pour obtenir une vision plus fine et nuancée des pratiques professionnelles des agents.

Dans quel objectif conduisez-vous ces recherches ?

Mon ambition est double.

D’un côté, je cherche à enrichir nos connaissances sur les métiers de la transition écologique, et en particulier sur celui d’inspecteur de l’environnement, encore largement méconnu du grand public. Ces professionnels jouent un rôle crucial dans la mise en œuvre des lois environnementales et dans l’accompagnement de la transition écologique de notre société.

De l’autre, je veux mieux cerner comment les pratiques de contrôle, parfois involontairement, peuvent contribuer à renforcer certaines inégalités sociales et territoriales. Mon hypothèse est que les populations les plus vulnérables font parfois l’objet d’une surveillance accrue, ce qui peut engendrer un sentiment d’injustice environnementale – autrement dit, la perception que la protection contre les risques environnementaux n’est pas équitablement répartie.

Ce projet s’inscrit également dans les recherches plus larges menées à l’Ined sur les liens entre environnement et populations, ainsi que sur les questions de genre et d’inégalités sociales. À terme, il pourrait alimenter la réflexion sur la construction de politiques publiques plus équitables et plus efficaces en matière de protection de l’environnement.