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La fécondité en France en chiffres : situation des parents à l’arrivée de l’enfant

La fécondité en quelques questions clés

Graphique : Evolution conjointe des âges au mariage et à la maternité et de la fréquence des naissances hors mariage
Quelle est actuellement la proportion de nouveau-nés dont les parents ne sont pas mariés ? Qu’est ce qui, démographiquement, en est la cause ?

Tableau 1 : Naissances hors mariage
Combien y a-t-il de de naissances en France ? Est-il vrai qu’actuellement la majorité surviennent en dehors d’un couple marié ?

Tableau 2 : Naissances selon le statut migratoire des parents
Quelle est la part des enfants issus de deux parents nés en France ? La "seconde génération" est le groupe des personnes nées en France dont au moins un parent est immigré. Est-elle de plus en plus nombreuse?

Vidéo – Le taux de natalité

Évolution des âges au premier mariage et à la première maternité, et de la fréquence des naissances hors mariage

Champ : France hexagonale. 
Sources : 
Base de données : Population de la France – séries longues – Annexes 4 et 7

Lire ce graphique

Le graphique du haut présente l’évolution annuelle depuis 1946 en France hexagonale des âges moyens des femmes à deux étapes clefs de constitution d’une famille : premier mariage et premier enfant. Ces âges sont calculés à partir des taux  de fécondité et des taux de primo-nuptialité de 15 à 49 ans. Ils neutralisent ainsi les changements de structure par âge de la population féminine. Le second graphique représente l’évolution de la proportion des naissances hors mariage. 

Jusqu’en 2022, le statut matrimonial des parents à la naissance de leur enfant était déduit de la présence éventuelle d’une date du mariage sur le bulletin d’état civil. Depuis 2023, une question explicite renseigne le statut matrimonial. Cela a généré une rupture de série en 2023 (puisque l’on repère désormais mieux les mariages, la part de naissances hors mariage a diminué).  

Fécondité et nuptialité : un lien qui s’est défait au milieu des années 1970

Pendant longtemps, mettre au monde un enfant sans être marié était stigmatisé. Cela concernait une minorité de nouveau-nés (entre 5 % et 10 %), souvent issus de jeunes couples et de milieux populaires. Ceci ne signifiait pas l’absence de relations sexuelles avant le mariage. Elles étaient même permises à partir des fiançailles, les grossesses hors mariage étant alors fréquentes. Cette situation conduisait les futurs parents à se marier avant l’accouchement. En démographie, on parle de conceptions prénuptiales, désignant les situations où la femme était enceinte le jour de son mariage. Vers 1970, un mariage sur quatre était associé à une conception prénuptiale, repérée de façon approximative par la naissance d’un enfant moins de huit mois après le mariage. Ces conceptions prénuptiales (non représentées sur ce graphique) ont régressé dans la décennie 1970, le développement des enfants nés hors mariage prenant le relai.

Diverses lois ont égalisé les statuts des enfants, dont la plus importante a été promulguée en 1972. Auparavant ces derniers étaient défavorisés par rapport aux enfants nés dans le mariage qui avaient plus de droits. Au sein d’une même fratrie, les uns pouvaient par exemple, hériter de leurs parents, mais pas les autres même s’ils étaient reconnus par les deux parents. Toutefois ce statut à la naissance n’était pas nécessairement définitif car, en se mariant par la suite, leurs parents leur donnaient les mêmes droits (procédure dite de légitimation). Vers 1970, la moitié des couples ayant eu un enfant hors mariage se sont mariés.

A partir des années 1970, de profondes transformations des conceptions individuelles de la famille se produisent dans les sociétés occidentales, affranchies des normes religieuses et ouvertes aux valeurs d’émancipation personnelle (ensemble de mutations qualifié de « Seconde transition démographique »). Les indicateurs démographiques, baromètres de la vie familiale et reproductive, affichent des valeurs sans précédent. La nuptialité baisse, l’union libre se diffuse, la divortialité augmente, la fécondité non désirée baisse, la maîtrise de la contraception se popularise, l’autonomie professionnelle des femmes commence à s’affirmer, la durée des études s’allonge, etc. Tout ceci se traduit par une élévation de l’âge au premier enfant et de l’âge au premier mariage (graphique supérieur).

L’enfant d’abord, le mariage ensuite : des calendriers qui se sont inversés

A la fin des Trente glorieuses, jamais les calendriers (âges) n’ont été historiquement aussi précoces. Vers 1975, une femme se mariait en moyenne à 22,5 ans (âge au premier mariage) et avait son premier enfant à 24 ans (âge à la première naissance). A cette époque, dans la plupart des cas, on se mariait avant d’avoir des enfants. Mais cette période marque un tournant. Vers 1985, l’âge moyen au mariage atteint 24,5 ans (2 ans plus tard qu’en 1975) et le premier enfant arrive à 25 ans (1 an plus tard). L’âge au mariage continue ensuite d’augmenter plus vite que l’âge au premier enfant de sorte que vers 1995, âge moyen au premier mariage et âge au premier enfant sont égaux (environ 27 ans). Lorsque les deux courbes se croisent, cela signifie que dans un grand nombre de cas la maternité précède le mariage. Vers 2015, le premier enfant arrive à 28,5 ans et le premier mariage en moyenne deux ans et demi après (à 31 ans). La même inversion s’observe chez les hommes.

Parallèlement à son caractère plus tardif, le mariage est aussi moins fréquent, de plus en plus d’individus restant célibataire à vie. En revanche la proportion de femmes n’ayant jamais eu d’enfant n’a pas augmenté à cette époque. Les populations représentées par deux courbes sont donc de plus en plus différentes au fil du temps.
Témoin direct de cette inversion de calendriers, la proportion de naissances hors mariage a augmenté continuellement au cours des cinquante dernières années (graphique inférieur) :  9 % en 1975, 20 % en 1985, 38 % en 1995, 47 % en 2005, 58 % en 2015, 64 % en 2022 (chiffres pour la France hexagonale, avant la réforme du bulletin d’état civil). Peu de phénomènes démographiques s’illustrent par une évolution aussi marquée et régulière dans le temps

A l’origine cantonnée à des sous-populations, la fécondité hors mariage est devenue une façon comme une autre de « faire famille ». Il est toutefois rare qu’à la naissance, ces enfants ne vivent pas avec les deux parents (environ 5 %). Ils sont neuf fois sur dix reconnus par leur père (y compris par le mariage) et portent souvent un double patronyme, avec les deux noms de familles de la mère et du père accolés

L’augmentation de la part des naissances hors mariage n’est pas propre à la France : la quasi-totalité des pays européens ont connu ces évolutions. Historiquement c’est dans les pays scandinaves que le phénomène a été le plus précoce.  Mais jusqu’en 2022 c’est en France que la part des enfants nés hors mariage est la plus élevée au sein de l’Union européenne et au Portugal qu’elle est la plus basse (19 %).

 

Référence :
Breton D., Barbieri M., Belliot N., d’Albis H., Mazuy M., 2024. L’évolution démographique récente de la France : une position singulière dans l’Union européenne. Population, 79(4), 427-505. https://doi.org/10.3917/popu.2404.0427
 

Tableau 1. Naissances hors mariage

Champ : France.
Lecture : En 1994, il est né 740 774 enfants, dont 37,2 % issus de parents non mariés.
Source : Insee, Statistiques d’état civil sur les naissances et Bilan démographique.

Tableau 2. Naissances selon le statut migratoire des parents

Champ : France hors Mayotte jusqu'en 2013 et y compris Mayotte à partir de 2014.
Lecture : En 1998, pour 100 naissances, 76,8 % étaient issus de deux parents nés en France, 13,8 % étaient issus d’un couple dont l’un des parents est né à l’étranger, et 9,4 % avaient leurs deux parents nés à l’étranger. 
Source : Insee, statistiques de l'état civil.