Intervenant : Alain Chenu (sociologue, professeur émérite au Centre de recherche sur les inégalités sociales, Sciences Po & CNRS) ; discutante : Aline Desequelles (chercheuse Ined, UR05 Mortalité, santé, épidémiologie & Pôle vieillesses & vieillissements)
Médecin, L.-A .Bertillon (1821-1883) se fait statisticien pour identifier les domaines dans lesquels des progrès sont possibles dans la lutte contre la mort évitable : mortalité infantile, variole, phtisie... Opposant sous le Second Empire, il n'accède à des responsabilités qu'aux débuts de la Troisième République, en devenant professeur de démographie à l'Ecole d'anthropologie de Paris puis chef des travaux statistiques de la ville de Paris. Ses engagements républicains et positivistes vont de pair avec un intérêt pour la diffusion du savoir auprès d’un large public (encyclopédies, revues de vulgarisation, expositions universelles). L’expression graphique de sa pensée lui permettant de toucher des non-spécialistes, il produit :
- des cartes
La carte de France de la mortalité de 0 à 1 ans lui permet de dénoncer les mises en nourrice et de contribuer à la préparation de la loi Roussel sur la protection de la petite enfance.
- des courbes
La courbe bimodale des tailles des conscrits du Doubs témoignerait de la cohabitation de deux peuples différents. Le médecin et anthropologue italien Ridolfo Livi montrera en 1895 que cette forme en dos de chameau n'est qu'un artefact statistique.
- des diagrammes
Contrôlant les effets de l'âge et du sexe, Bertillon montre que la mortalité des veufs est supérieure à celle des mariés, ce qui témoigne des effets protecteurs du mariage. Il est aussi le premier à construire une pyramide des âges de la population parisienne.
Au total, L.-A. Bertillon est le premier à donner autant d'importance à l'expression graphique de la pensée démographique.