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Félicitations à Joanie Cayouette-Remblière pour la soutenance de son HDR

Chiffrer et déchiffrer la mixité sociale programmée. Jalons pour l’étude des effets de la déségrégation des classes sociales

Ce mémoire porte sur une forme urbaine peu documentée dans le cas français, à savoir des quartiers neufs, construits dans les années 2000, et réservant une part conséquente de leur parc de logements aux bailleurs sociaux. Il s’appuie sur les enquêtes Mon quartier, mes voisins et Entre Voisins, 53 entretiens conduits auprès d’habitants de trois quartiers de mixité sociale programmée, une exploitation secondaire des données du recensement et une revue extensive de la littérature sur les questions de mixité sociale.

Il retrace d’abord l’imaginaire socio-historique à l’origine de la construction de ces quartiers et identifie les effets sociaux attendus de la mixité sociale sur les différentes classes sociale. Je montre ensuite comment la juxtaposition de catégories sociales différentes produit une « mixité sociale arithmétique » et rends compte de la place qu’occupe cette position résidentielle dans les parcours des différentes classes sociales. Ainsi est-il notamment observé que les classes moyennes et supérieures l’investissent pour la qualité des logements et le vivent comme une position d’attente, au cours de laquelle il s’agit de veiller à la préservation de la valeur économique de leur bien immobilier.

Par rapport aux autres quartiers avec lesquels elles et ils sont comparés, les habitants des quartiers de mixité sociale programmée entretiennent des liens sociaux plus faibles, plus homophiles et plus instrumentaux que conviviaux. Cette forme des liens sociaux s’explique d’une part par la faiblesse des opportunités de rencontre, d’autre part par la spécificité des trajectoires résidentielles qui n’engagent qu’un faible ancrage local et enfin par l’extrême diversité des socialisations résidentielles antérieures qui, pour l’heure, implique qu’aucun groupe ne soit légitime à « donner le ton » des relations de voisinage.

Le mémoire interroge ensuite les ressources (services, informations, soutiens…) qui s’échangent entre habitants de quartiers de mixité sociale programmée et rend compte des inégalités d’accès à celles-ci. Il revisite alors la notion d’« efficacité collective » de Robert Sampson pour suggérer celle d’« efficacité sélective ». Alors que chez Sampson, la capacité à gérer son espace de vie afin d’en assurer la sécurité et la sérénité est supposée profiter à l’ensemble des habitants d’un quartier (en réduisant la délinquance par exemple), elle ne profite qu’à certaines catégories d’habitants dans les quartiers de mixité sociale programmée, en lien avec l’inégalité d’accès à des instances de représentation notamment.

Pour finir, le propos s’intéresse aux effets de l’expérience de la mixité sur la construction de l’appartenance de classe en contexte local. Je montre que, si les habitants ont souvent un sens social des différences qui les entourent, les quartiers de mixité sociale programmée ont généralement un effet limité sur les représentations, et plus généralement, les socialisations. J’identifie trois conditions à la socialisation « de transformation » par les quartiers de mixité sociale programmée : l’usage relativement intensif du quartier ; la différence avec les expériences résidentielles antérieures ; et la cohérence des cadres socialisateurs.

Ce faisant, les analyses développées dans ce mémoire appellent à rouvrir le chantier des effets de la déségrégation des classes populaires sur les attitudes et consciences de classe, en opérant deux pas de côté : prendre au sérieux les effets de la déségrégation spatiale et considérer ce que ce mouvement produit en retour sur les classes moyennes et supérieures.

Joanie Cayouette-Remblière
Sociologue, chargée de recherches à l'Ined
Responsable de l'unité Logement, inégalités spatiales et trajectoires (LIST)

Le jury était composé de :

Jean-Yves Authier, Professeur des Universités, Université Lyon 2 (président du jury)
Claire Bidart, Directrice de recherche au CNRS (rapportrice)
Virgílio Borges Pereira, Professeur à l’Université de Porto
Annick Germain, Professeure titulaire à l’INRS (rapportrice)
Gilles Laferté, Directeur de recherche à l’INRAE
Isabelle Mallon, Professeure des Universités, Université Lyon 2 (garante)
Sylvie Tissot, Professeure des Universités, Université Paris VIII (rapportrice)