Résumé
Cette thèse étudie les rapports à la propriété rurale des agricultrices et agriculteurs, en analysant les usages sociaux qui sont faits de ce type particulier de propriété. Il s’agit de comprendre comment la propriété rurale, entendue comme l’ensemble des actifs économiques ayant pour caractéristique d’être peu mobiles (acquérant de la valeur dans un espace géographique délimité) et visibles (revêtant ainsi une dimension distinctive dans l’espace d’interconnaissance), est perçue et investie, tant matériellement que symboliquement, par les propriétaires. Cette recherche montre que la place occupée dans la conjugalité, la filiation et les sociabilités, qui est une place éminemment genrée, façonne des manières d’être propriétaire, et notamment la possibilité de faire valoir les droits et d’utiliser le pouvoir que la propriété a historiquement conféré aux hommes propriétaires, héritiers, institués comme « chefs de famille ». Ainsi, la capacité à tirer profit de la propriété, à mobiliser ses proches en son nom, à défendre les droits à la pleine maîtrise et au contrôle exclusif des choses possédées n’est pas appropriée également par les propriétaires, selon leur position dans les rapports sociaux, de genre et de classe notamment, et selon les configurations conjugales dans lesquelles ils et elles sont insérés.
La recherche montre plus spécifiquement comment le statut de propriétaire et les positions de genre se co-construisent : le genre fabrique les ethos de ces propriétaires ruraux, et la propriété rurale est un support à partir duquel s’élaborent leurs positions de genre. Elle s’appuie pour cela sur une enquête ethnographique menée dans un espace d’interconnaissance des Alpes du Sud auprès d’agriculteurs et d’agricultrices produisant principalement de la lavande, une culture relativement rémunératrice mais produite dans un territoire rural perçu comme « reculé ». Ce terrain a ainsi donné à voir une forme rurale de propriétarisme. Le terrain, mené entre novembre 2020 et juin 2023, ethnographie les styles de vie des agriculteurs et agricultrices rencontré·es, ainsi que leurs aspirations sociales et les représentations qu’ils et elles construisent du monde social, et de leur place dans ce dernier.
Le jury était composé de :
Céline Bessière, Professeure, Université Paris-Dauphine (co-directrice)
Isabelle Clair, Directrice de recherche, CNRS (examinatrice)
Isabelle Guérin, Directrice de recherche, IRD (rapporteure)
Gilles Laferté, Directeur de recherche, INRAE (rapporteur)
Wilfried Rault, Directeur de recherche, INED (co-directeur)
Cécile Vignal, Professeure, Université de Lille (examinatrice)
Page chercheure de Chloé Bonafoux