Is the French population on a path to decline?
Women in France are having fewer children. At the same time, deaths are rising and may soon outnumber births. Is this a warning sign of future population decline? Gilles Pison and Laurent Toulemon project population growth up to 2070 and highlight the importance of migration in future trends. They also examine why life expectancy is now increasing more slowly.
Abstract
The population of France on 1 January 2025 was an estimated 68.6 million, of which 66.4 million in metropolitan France (mainland France and Corsica) and 2.3 million in the overseas departments and regions [1]. It grew by 169,000 in 2024 (+0.25%) (Table 1). One-tenth of this increase was due to a larger number of births than deaths (natural increase) and nine-tenths to positive net migration (entries into France minus departures, estimated at 152,000 by the French statistical office [INSEE]). With the decrease in births and the rise in deaths (Figure 1), the downtrend in natural increase is continuing. In just 5 years, it has fallen from 140,000 (in 2019) to 17,000 (in 2024). Does this decrease signal a future population decline? After examining this question, we will then analyse mortality trends and the reasons why progress in life expectancy is slowing.
Au 1er janvier 2025, la population de la France est estimée à 68,6 millions d’habitants, dont 66,4 en France hexagonale et 2,3 en Outre-mer [1]. La population a augmenté de 169 000 habitants en 2024 (+ 0,25 %) (tableau). La croissance tient pour les neuf dixièmes à l’excédent des entrées sur les sorties du territoire (solde migratoire, estimé à 152 000 par l’Insee) et pour un dixième à l’excédent des naissances sur les décès (solde naturel). Du fait d’une baisse des naissances et d’une hausse des décès (figure 1), le solde naturel continue de diminuer : en 5 ans il est passé de 140 000 (en 2019) à 17 000 (en 2024). Examinons si cette baisse porte en germe une diminution prochaine de la population, avant d’analyser l’évolution des décès et la question du ralentissement des progrès de l’espérance de vie.
L’Insee a publié en 2021 des projections de population pour la France à l’horizon 2070 fondées sur les tendances démographiques des années précédentes [2]. Le scénario central retenait une fécondité stable au niveau de 2020, 1,8 enfant par femme, une mortalité continuant à baisser au même rythme qu’au cours de la décennie 2010 et un solde migratoire stable à + 70 000 personnes par an. Selon ce scénario, la population de la France continuait d’augmenter jusqu’à un maximum de 69,3 millions en 2044 puis diminuait ensuite jusqu’à 68,1 millions en 2070 [3] (figure 2).
Quelles conséquences si les conditions de 2024 se maintenaient ?
Les évolutions observées depuis cette publication ne correspondent pas à celles du scénario central tout en restant entre les scénarios « haut » et « bas ». Ce n’est pas étonnant : tout exercice de projection est appelé à être confronté à la réalité, et parfois démenti par celle-ci, l’objectif n’est pas de deviner le futur mais de dire ce qu’il serait sous telles et telles conditions.
Nous avons calculé une nouvelle projection selon un scénario nommé « 2024 ». Celui-ci fait l’hypothèse d’une stabilité de la fécondité au niveau de 2024, 1,62 enfant par femme (au lieu de 1,8 enfant, niveau du scénario central de l’Insee). La fécondité pourrait continuer à baisser dans les années futures, ou se stabiliser comme dans certains pays d’Europe, ou encore repartir à la hausse comme après les années 1993-1994 où elle avait atteint un creux de 1,68 enfant. L’hypothèse d’une fécondité stable à son niveau actuel représente donc un compromis.
La mortalité a fortement baissé en 2023 par rapport à 2022, ce qui a permis à l’espérance de vie non seulement de rattraper le niveau qu’elle avait en 2019, avant l’épidémie de Covid-19, mais de le dépasser. L’espérance de vie continue à progresser en 2024, mais plus faiblement (figure 3). La progression observée au cours des dernières années est finalement moins importante que celle du scénario central de l’Insee et se rapproche de l’hypothèse basse, en particulier pour les femmes. Pour le scénario « 2024 », nous retenons cette hypothèse basse pour la progression de l’espérance de vie des femmes, et une hypothèse intermédiaire pour celle des hommes (voir annexe en ligne 1).
Pour le solde migratoire, nous retenons un niveau stable de 152 000 par an (équilibré entre les sexes), soit l’estimation provisoire de 2024, au lieu de 70 000 dans le scénario central de 2021 fondé sur les tendances des années 2000.
L’espérance de vie à la naissance atteint 80,0 ans pour les hommes et 85,6 ans pour les femmes en 2024, contre 79,9 ans et 85,6 ans en 2023, soit un gain de 0,1 an pour les hommes et une stagnation pour les femmes (tableau et figure 3). Comme mentionné plus haut, l’année 2023 a vu l’espérance de vie faire un bond de 0,6 an pour les hommes et de 0,5 an pour les femmes par rapport à 2022 2.
Replacées au sein des évolutions de plus long terme, les fluctuations annuelles de l’espérance de vie de ces dernières années révèlent un essoufflement des progrès (figure 3). D’où vient-il ?
Pourquoi l’espérance de vie a-t-elle progressé jusqu’ici ?
Depuis le milieu du XXe siècle, l’espérance de vie à la naissance a progressé de 3 mois par an en moyenne en France, passant de 66,4 ans en 1950 à 82,8 ans en 2024, sexes confondus. Cet essor est dû principalement aux succès dans la lutte contre la mortalité adulte, en particulier aux âges élevés où se concentrent de plus en plus les décès. En effet, la mortalité des enfants, dont la baisse avait beaucoup contribué à l’augmentation de l’espérance de vie de la fin du XVIIIe au milieu du XXe siècle, n’a pratiquement plus d’influence aujourd’hui vu son niveau très faible3.
Tableau 1

